Un anniversaire en confinement

J‘allais commencer ce post par « En temps normal » et puis je me suis demandé si l’on pourrait utiliser cette expression à nouveau, ou si elle serait désormais remplacée par une bonne vieille expression qui fait apparaître soudainement nos rides, à savoir quelque chose comme : « Si c’était comme avant« , variante d' »à l’époque ». Vu la tournure que prend toute cette histoire, je vais opter pour cette dernière option. Donc. Je reprends.

Si c’était comme avant, je me serais réveillée probablement à la même heure, avec quelques messages des personnes les plus éloignées, côté Est de la Terre, là où le soleil s’est déjà levé depuis quelques heures. Les fêtards qui, en rentrant de soirée en Uber, auraient vu sur Facebook que c’était mon anniversaire auraient pris le temps de me laisser, eux aussi, un petit mot sur mon mur.

Mes grands-parents m’auraient téléphoné à l’heure où j’aurais à peine englouti ma dernière bouchée de tartine au miel et nous aurions parlé une petite heure de jardinage, de la météo et nous aurions évoqué l’actualité parlant des vendeurs de muguet, du printemps qui s’installe, du défilé de ce 1er Mai, de ce qui a toujours rendu mon anniversaire un peu spécial.

J’aurais reçu des messages de ceux qui auraient pris le temps de m’en envoyer, après en avoir été notifiés par le grand Facebook, ou après y avoir tout simplement pensé parce que c’est une date qu’on oublie un peu moins facilement que d’autres.

J’aurais sûrement été ailleurs que chez moi. J’aurais pu être en Bretagne entre copines, à souffler mes bougies posées sur un far breton préparé à mon attention pendant un footing entre filles, avant d’aller explorer les alentours. J’aurais entendu les mouettes chanter, j’aurais été décoiffée par le vent du large, je me serais étonnée d’y avoir trouvé un si beau temps, contrairement aux préjugés qui subsistent sur le climat de cette si jolie région de France.

J’aurais peut-être été chez mes parents dans le Sud de la France, à renifler les odeurs du magret qui cuirait au barbecue dans la cuisine d’été au bord de la piscine après ma séance de yoga en plein air. Ma mère aurait probablement réalisé mon gâteau préféré, et j’aurais, cette fois, soufflé mes bougies sur une charlotte aux framboises avant d’aller faire un tour au bord de la mer.

J’aurais peut-être voyagé plus loin encore, dans un autre hémisphère, comme cette année où nous avions voyagé en famille à la Réunion et où nous avions fêté ma nouvelle décennie autour d’une pierrade de poissons sur de la roche volcanique, dans un resto en terrasse au bord de l’océan. J’aurais peut-être eu la chance de pouvoir admirer le Piton de la Fournaise en éruption et de croiser des dizaines de poissons perroquets dans le lagon, les cuisses encore courbaturées de la randonnée de la veille dans un de ces cirques qui font toute la beauté de cette île … Mon ti caillou d’adoption, ma deuxième maison.

J’aurais peut-être découvert un endroit que je ne connais pas, comme cette année où nous étions parties entre amies au Cambodge le jour de mon anniversaire, et d’où nous étions rentrées le jour de son anniversaire. Nous avions alors fêté ça sur un rooftop d’un hôtel 5* vide de touristes, avec des bières au nom inconnu jusqu’alors, que nous avions trouvées (par je ne sais quel miracle) lors d’un trajet aéroport/hôtel en tuktuk.

J’aurais peut-être, tout simplement, réuni quelques amis de Paris autour d’une table d’un des nombreux bars de ma liste « à essayer » pour trinquer avec un cocktail beaucoup trop cher. Et puis nous aurions probablement dépensé encore beaucoup d’argent dans un resto de la même liste, pour finir au Divan du monde à danser jusqu’à en avoir les pieds qui brûlent. A l’heure où les métros sont à l’arrêt, nous aurions réussi à réserver (péniblement) un Uber pour rejoindre nos domiciles (et nos amoureux) respectifs. Je me serais couchée avec l’impression d’être sur un bateau avant de plonger dans un profond sommeil.

Mais tout ça c’était avant ce confinement et si j’ai finalement décidé d’écrire aujourd’hui, c’est que je ressens le besoin de poser quelques mots ici pour me souvenir de ce jour que j’étais loin d’imaginer de cette façon, il y a de cela quelques mois (et comme nous sommes nombreux dans ce cas, et que nos anniversaires ne seront pas tout de suite les mêmes qu’avant, force les copains !) N’oublions jamais que l’essentiel ce n’est pas où nous sommes ni ce que nous faisons mais de qui nous sommes entourés. Parce que j’ai toujours eu avec moi ce jour là, une partie de ceux qui comptent le plus pour fêter mon anniversaire, ceux qui remplissent mon coeur, remplissent ma vie de bonheur et finalement, cette année malgré le contexte n’a pas échappé à la règle (même si la destination n’avait rien d’exotique et de dépaysante et que quelques détails ont légèrement changé).

D’abord, j’ai eu les mêmes messages de ceux qui sont au bout de la Terre, côté Est, mais pas un signe de ceux qui seraient rentrés tard et qui cette fois ont du s’endormir pendant leur Skypéro sans avoir le temps de consulter Facebook avant. Enfin disons plutôt que cette année ils sont tous arrivés dans la journée, chacun leurs tours, en même temps que ceux qui ont pris le temps de m’envoyer leurs pensées.

Sans surprise, c’est mon frère, cette petite pépite, qui m’a téléphoné le premier, avant même que j’aie eu le temps de mettre le miel sur ma tartine, caméra activée et zoomée sur mes cheveux en pagaille et mes yeux encore à moitié fermés, pour me voir ouvrir le cadeau que j’avais réceptionné quelques jours plus tôt, en livraison sans contact dans le hall de l’immeuble.

Evidemment, j’ai reçu l’appel de mes grands-parents et il a duré une petite heure à parler de jardinage, de météo et d’actualité. Le sujet était juste un peu moins réjouissant que d’habitude : pas d’histoire de vendeurs de muguet, pas d’histoire de défilé. Juste des hypothèses sur l’avenir, que j’ai tenté d’alimenter en optimisme. J’ai probablement passé autant de temps à exposer mes projets à ma tante en essayant de la convaincre autant que moi-même que je me dirige dans la bonne direction professionnellement, et pas loin de la même durée à refaire le monde à notre façon avec cette soeur que je n’ai jamais eue. Bon, cette fois-ci la tâche s’est révélée plus difficile que les fois précédentes.

Celles avec qui j’aurais fait un footing en Bretagne, ou avec qui j’aurais usé mes talons en chantant bien trop fort, m’ont envoyé une vidéo pleine d’amour et d’amitié et je suis si reconnaissante que la vie ait choisi de nous faire prendre ce long chemin ensemble . Ma brochette de beautés aux grands coeurs.

Mes parents, bien sûr, ne m’ont pas oubliée et m’ont téléphoné en visio plus ou moins bien cadrée et c’est, cette fois, moi qui leur ai montré ce qui pourrait être une charlotte revisitée : mes naked cakes miniatures aux fraises sur lesquels je prévoyais de planter mes bougies. Quant au magret traditionnel, il cuisait lentement dans mon four, loin d’une quelconque piscine.

Je me suis cassée la voix sur les albums de Céline Dion en boucle après avoir découvert que j’étais née dans la nuit de sa victoire à l’Eurovision, et le reste de ma journée n’était pas si différente de celles qui la précédaient puisque j’ai encore veillé à la bonne croissance de mes plantes en les arrosant avec amour, j’ai encore remué la terre de mon jardin de balcon, j’ai encore confectionné un masque en tissu réutilisable, j’ai encore reproduit une recette de Cyril Lignac en visio avec ma cousine et j’ai encore essayé de réaliser des postures improbables avec mon corps au yoga. J’ai bien tenté de résister, mais je n’ai pu m’empêcher de travailler sur mon nouveau projet, très récemment lancé.

A 20h00, s’ils ne l’avaient pas fait depuis deux mois, j’aurais pris les applaudissements de mes voisins pour moi, mais force était de constater qu’ils ne m’étaient pas destinés alors je me suis jointe, encore, à eux. Et comme ultime petit bonheur du jour, Koh Lanta a duré cette fois 2h20 (merci Denis) !

Mais il y a évidemment une personne que j’ai envie de remercier : c’est Lui. Lui, qui, dès la veille (jour férié oblige), a rempli mon coeur d’amour en me faisant livrer ce bouquet de fleurs et du chocolat, accompagnés de quelques mots d’amour. Lui, mon homme des îles au coeur si grand. Lui qui s’est immiscé sur leur vidéo pour me déclarer avec pudeur ses sentiments. Lui qui, depuis deux mois (en guise de cadeau pour nos « un an » d’amour), vit cette épreuve de confinement à mes côtés, pour le meilleur et pour le pire. Lui, avec qui je débats de tout ce que je vois. Lui à qui je fais part de mes doutes, mes craintes, mes angoisses autant que de mes joies, mes envies et de mes projets délirants dans lesquels il me suit ou se lance aussi. Lui, que j’aime si fort.

Et finalement, en ce jour extraordinairement ordinaire, j’ai réalisé que vieillir c’est prendre conscience chaque année un peu plus de qui nous sommes vraiment et de qui nous avons choisi de nous entourer pour l’être sans retenue et sans complexe. Cette année, j’ai été comblée par tout ce que j’ai reçu et c’était une si belle journée. Malgré tout.

PS : Mais quand même, si l’année prochaine on peut être ailleurs (si tu m’entends, Ô Grand Génie de la lampe) je me verrais bien dans un endroit où on peut voir le ciel et sentir la chaleur du soleil ! Merci, Bisous

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